Mali - Intervention du représentant permanent de la France auprès des Nations unies - Conseil de sécurité (New York, 12 juin 2019)

Le représentant permanent de la France à l’ONU a prononcé un discours au Conseil des Nations Unies pour le renouvellement du mandat de la MINUSMA, en présence de Tiébilé Dramé, ministre des Affaires étrangères au Mali.

Monsieur le Président,

Je voudrais commencer par remercier chaleureusement le Représentant spécial du Secrétaire général, M. Annadif, pour sa présentation très éclairante et son travail exemplaire. Je salue également la présence autour de cette table du Ministre des affaires étrangères et de la coopération internationale du Mali, Tiébilé Dramé. C’est un honneur Monsieur le Ministre de vous compter parmi nous, et c’est un geste important que nous apprécions.

Je souhaiterais débuter mon intervention en adressant au peuple et au gouvernement maliens nos condoléances les plus attristées au lendemain de l’attaque ignoble qui a une nouvelle fois frappé la région du Centre. La France se tient résolument aux côtes du Mali dans cette nouvelle épreuve. Je saisis cette occasion pour saluer la mémoire de tous les civils, représentants de l’État et membres des forces armées nationales et internationales qui ont perdu la vie lors des violences terroristes et intercommunautaires qui frappent malheureusement quasi-quotidiennement le Mali.

Monsieur le Président,

L’escalade de violences que connait aujourd’hui le Centre du Mali appelle à un véritable sursaut. Il y a urgence à agir, notamment pour prévenir de nouveaux massacres. Les autorités maliennes sont pour cela en première ligne. Nous les encourageons à prendre sans délai toutes les mesures nécessaires pour poursuivre les auteurs de ces crimes, désarmer les milices et engager un véritable dialogue entre les communautés. À plus long terme, seuls le rétablissement de l’autorité et la présence de l’État, le retour des services sociaux de base et un véritable effort en matière de lutte contre l’impunité seront à même de rétablir la paix dans cette région. La France proposera une déclaration à la presse reprenant ces différents messages à l’issue de cette réunion.
La MINUSMA a tout son rôle à jouer pour accompagner et soutenir les autorités maliennes dans le Centre. Je tiens à cet égard à saluer les mesures importantes prises par la mission depuis l’adoption de la résolution 2423 en juin dernier. Nous souhaitons que la MINUSMA continue à renforcer son soutien dans cette région, y compris en matière d’appui au redéploiement de l’État et de protection des civils. Mais chacun doit avoir à l’esprit que l’action de la mission n’a pas vocation à se substituer à la responsabilité première des autorités maliennes et qu’elle ne pourra être efficace que si elle s’appuie sur un engagement redoublé de ces dernières. Nous souhaitons également veiller à ce que la MINUSMA dispose de moyens adéquats pour répondre aux besoins qui existent sur le terrain.

Monsieur le Président,

La mise en oeuvre de l’accord de paix dans le Nord demeure une condition indispensable pour parvenir à la stabilisation du Mali et de sa région. Des progrès inédits ont été réalisés au cours des derniers mois, y compris s’agissant des dernières demandes formulées par ce Conseil dans sa déclaration présidentielle d’avril. La tenue prochaine d’un dialogue national inclusif est également de bon augure afin d’avancer de manière consensuelle dans la conduite des réformes politiques et institutionnelles entreprises par le gouvernement, dont certaines touchent à l’accord.
Les progrès réalisés à ce jour demeurent pour autant largement insuffisants et doivent être rapidement consolidés. C’est pourquoi nous encourageons les parties maliennes à adopter dans les meilleurs délais une feuille de route actualisée, articulée autour d’un nombre de priorités limitées assorties d’échéances contraignantes. Je pense notamment à la poursuite du processus de révision constitutionnelle, à l’élaboration d’un plan pour le redéploiement des FAMAs reconstituées dans le Nord, à des progrès tangibles en matière de décentralisation ainsi qu’à l’opérationnalisation effective de la zone de développement du Nord. Le Conseil doit continuer à définir des attentes précises sur ces points essentiels à la mise en oeuvre de l’accord, à travers l’outil des benchmarks. Chacun doit en outre être pleinement conscient que la non mise en oeuvre de ces benchmarks a un coût, y compris s’agissant de possibles sanctions.

Monsieur le Président,

La MINUSMA continue et continuera de jouer un rôle essentiel en faveur de la stabilité du Mali, comme l’a rappelé le Secrétaire général dans son récent rapport, et comme vient de le rappeler également le Représentant spécial. Nous saluons particulièrement les efforts menés au cours des derniers mois par la mission afin de renforcer la robustesse de sa posture, la coordination entre ses différents piliers, son interaction avec l’équipe pays, ainsi que la coopération avec les autres présences de sécurité déployées sur le terrain. Ces efforts sont, je crois, largement reconnus.

Dans le contexte difficile que nous connaissons, le renouvellement du mandat de la mission pour 12 mois supplémentaires à périmètre constant nous semble aujourd’hui absolument indispensable. Nous souhaitons en tirer profit pour maintenir une pression élevée en faveur de la mise en oeuvre de l’accord de paix, renforcer l’action de la mission dans le Centre en soutien aux efforts des autorités maliennes et continuer à développer une logique de partenariat avec les autres présences de sécurité mentionnées par la résolution 2423. Nous soutenons également pleinement la mise en oeuvre des options d’adaptation présentées par le Secrétaire général, qui permettront de continuer à renforcer l’efficacité de l’action de la mission. Nous continuerons bien sûr à encourager les efforts visant à réduire l’exposition sécuritaire de la MINUSMA, tout en conservant suffisamment de flexibilité et d’agilité dans sa posture. Nous nous attèlerons enfin à promouvoir l’adoption d’un mandat clair, r éaliste et concis, dans le droit fil des recommandations formulées dans le cadre de l’action pour le maintien de la paix.

Monsieur le Président,

La responsabilité de ce Conseil est de continuer à accompagner le Mali sur le chemin de la paix, étant entendu que la communauté internationale ne peut se substituer aux efforts des autorités maliennes, qui sont indispensables pour conduire le Mali sur la route d’une paix et d’une stabilité durables. C’est l’esprit du projet de résolution sur lequel la France travaillera d’ici la fin du mois en lien avec ses partenaires du Conseil afin de renouveler le mandat de la MINUSMA. Vous pouvez compter sur le plein engagement de mon pays en ce sens.

Je vous remercie.

Dernière modification : 13/06/2019

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