La force conjointe G5 Sahel et l’Alliance Sahel

Jean Marc Chataigner, envoyé spécial de la France pour le Sahel, présente le G5 Sahel et l’Alliance Sahel.

Les pays du Sahel (Burkina Faso, Mali, Mauritanie, Niger, Tchad) sont confrontés à la progression de la menace terroriste et du crime organisé, causes de déstabilisation de la région. Face à ces défis communs, la réponse doit être politique, militaire et en matière de développement.

Deux initiatives répondent à ces défis. La Force conjointe transfrontalière du G5 Sahel, qui illustre la volonté des Africains de prendre en charge leur propre sécurité ; l’Alliance Sahel, qui est basée sur une approche de redevabilité réciproque entre les grands partenaires du développement et les Etats du G5. La France participe à la mobilisation internationale en faveur de ces deux initiatives exemplaires.

Le G5 Sahel : une décision politique avant tout africaine

La force conjointe transfrontalière du G5 Sahel a été officiellement lancée le 2 juillet 2017, à Bamako, par les présidents des cinq États du Sahel exposés à la menace terroriste. Cette force militaire conjointe, avait été endossée par l’Union africaine et actée par le Conseil de sécurité de l’ONU par sa résolution 2359 (21 juin 2017), portée par la France.

Son mandat est la lutte contre le terrorisme, le crime organisé transfrontalier et le trafic d’êtres humains dans l’espace du G5 Sahel. Sa première opération a eu lieu en novembre 2017 avec les armées du Burkina Faso, du Mali et du Niger.

Elle doit rassembler, en pleine capacité opérationnelle, 5 000 hommes (7 bataillons répartis sur trois fuseaux- Ouest, Centre et Est). Elle intervient sur une bande de 50 km de part et d’autre des frontières communes. Dans un second temps, il est prévu qu’une brigade sahélienne contre-terroriste se déploie au nord du Mali.

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Le contrôle politique de la force est assuré par la présidence en exercice du G5 (le Mali en 2017) et son contrôle stratégique par le Comité de Défense du Secrétariat permanent du G5. Son quartier général de Sévaré au Mali a été inauguré le 9 septembre par le Président Keïta. Trois postes de commandement (PC), un par fuseau, sont prévus. Celui du fuseau Centre (région des « trois frontières » entre le Mali, le Burkina Faso et le Niger, est opérationnel. Les trois bataillons déjà déployés sous son égide ont réalisé la première opération conjointe.

La force du G5 Sahel est un dispositif souple pour s’adapter à l’évolution de la menace et être modulable selon les priorités d’intervention. Elle ne remplace pas mais complète l’action de la Mission des Nations Unies au Mali (MINUSMA) dont le mandat est d’aider les autorités maliennes à stabiliser leur pays. L’articulation de la Force conjointe avec la MINUSMA est cadrée par la résolution 2391 (8 décembre 2017) qui prévoit un soutien opérationnel et logistique de la seconde à la première.

L’appui financier et matériel au G5 Sahel progresse. La conférence de la Coalition Sahel organisée le 13 décembre à La Celle Saint-Cloud a permis de conforter le niveau des soutiens internationaux. L’Union européenne a alloué 50 M€ au titre de la facilité africaine de paix. Les cinq États du Sahel contribueront pour 10 M€ chacun. L’effort français porte sur 8 M€ sous forme de soutien logistique, auxquels il faut ajouter l’appui opérationnel. Les États-Unis ont prévu 60 millions de dollars fléchés sur des États de la Force conjointe. De nouveaux appuis d’États européens ont été enregistrés, ainsi que des promesses d’États du Proche-Orient, (Arabie saoudite pour 100 millions d’euros, Émirats arabes unis pour 30 millions). Des contributions complémentaires sont attendues pour finaliser le tour de table lors de la conférence des partenaires, le 23 février 2018, prévue par la résolution 2359.

L’Alliance Sahel, deuxième volet de l’initiative Sahel

L’effort consenti pour la sécurité de la région sera sans lendemain s’il n’est pas accompagné d’un effort durable en matière de développement.

Pour stabiliser la région et prévenir la radicalisation violente, il est indispensable de créer les conditions d’un développement économique créateur d’emplois, notamment pour une jeunesse en forte expansion.

Cela suppose des efforts de développement renforcés au bénéfice de cette région. L’Alliance Sahel lancée sous impulsion franco-allemande le 13 juillet à Paris, en présence du Président de la République et de la Chancelière, associe les principaux partenaires du développement multilatéraux et bilatéraux des États du Sahel.
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L’Alliance n’est pas une nouvelle structure ni une enceinte de plaidoyer financier, mais un mécanisme de renforcement de la coordination des partenaires pour une aide plus rapide, plus efficace et mieux ciblée. Cinq secteurs clefs sont ciblés : employabilité des jeunes -éducation et formation- ; agriculture, développement rural et sécurité alimentaire ; énergie et climat ; gouvernance ; décentralisation et appui au déploiement des services de base.

L’Alliance Sahel est en train de finaliser son organisation (deux réunions ministérielles ont eu lieu fin 2017 et une conférence est prévue le 23 février 2018). Elle est ouverte à tous les partenaires prêts à s’impliquer activement et dans le respect de ses principes (méthode, notamment de délégations réciproques), autour de son noyau fondateur (France, Allemagne, UE, Banque mondiale, Banque africaine de développement, PNUD).

La France a prévu de consacrer 200 millions d’euros supplémentaires à destination des pays du Sahel sur une durée de six ans dans ce cadre.

Dernière modification : 23/02/2018

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